François Kollar : photographe à la chaîne

C’est un ouvrier François Kollar. Tourneur sur métaux chez Renault en arrivant de Hongrie en 1924, il est chef de studio chez l’imprimeur Draeger, quelques années plus tard. Et c’est un travailleur de l’image. Après Draeger, réputé pour la qualité de ses impressions publicitaires, Kollar ouvre son propre studio.

KollarHermesLa petite mais première rétrospective que présente le Jeu de Paume souligne cette force de travail de Kollar. Artistiquement, celui-ci a intégré tout le lexique de la Nouvelle vision : obliques, plongée et contre-plongée, sujet décentré… Il multiplie les collaborations avec des journaux, des agences de publicités et des marques de luxe. Avec notamment cette publicité pour machine à écrire Hermès, 1930, où le cadrage serré et en oblique révèle le produit en toute simplicité. Une plume posée sur une touche vante sans doute la facilité d’utilisation de la machine tout en intégrant un motif inattendu dans l’image.

pêche kollarLa partie centrale de l’exposition fait une large place à La France travaille, série de fascicules présentant les grands domaines d’activité français. Les photographies de Kollar, réalisées en nombre, illustrent ces cahiers. Agriculture, pêche, mine, sidérurgie, aviation, artisanat, construction nautique, ferroviaire, imprimerie… Kollar réalise une documentation en images de la France des années 1930 en pleine mutation. L’agriculture et la pêche ne se transforment pas encore beaucoup dans leur pratique. Cette femme de pêcheur sardinier breton ramendant les filets bleus (Audierne, Finistère, 1931) pourrait être un portrait de Vermeer. Le trou du filet créé une rupture dans l’image qui apporte de la modernité et une certaine poésie.

Archives François Kollar. La France travaille. Empilage des tôles géantes, LongwyL’industrie est, quant à elle, en plein boum. L’homme face à la machine est d’une photogénie sans limite. Si Kollar réalise de nombreux clichés de ces usines gigantesques et impressionnantes, il met les ouvriers au coeur de sa pratique, les montrant en train de travailler. Et aussi parfois, dans un moment d’arrêt où un rayon de soleil amène de la douceur, une envie de sourire comme sur cette photographie d’empilage des tôles géantes, Mont-Saint-Martin, Société des aciéries de Longwy, 1931-1934. Pour Kollar, ce travail documentaire se poursuit dans les années 1950 en Afrique. Pour l’Etat français, il photographie les constructions d’infrastructures au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire, au Mali et au Sénégal.

Nouvelle vision, travail documentaire, François Kollar, à travers ses différentes pratiques et sa sensibilité, inscrit également son médium, l’appareil photographique, dans la modernité où l’image prend une place prépondérante.

Illustrations :
Publicité pour machine à écrire Hermès, 1930, tirage d‘époque, 30,1 x 23,7 cm, donation François Kollar, Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont.
-Femme de pêcheur sardinier breton ramendant les filets bleus. Audierne (Finistère). 1931. Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet
-Empilage des tôles géantes. Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle 54). Société des Aciéries de Longwy. 1931-1934. Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet

François Kollar, un ouvrier du regard, Jeu de Paume, 9 février au 22 mai 2016.

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